Chimique à Mayotte : la consommation progresse, l'ARS renforce la prévention
Le 5e volet de l'étude EpiMay confirme l'installation de cette drogue de synthèse sur l'île. Près d'un adulte sur vingt l'a déjà consommée, et la hausse touche désormais les femmes.

L'Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte vient de publier, avec l'Observatoire régional de la santé et l'URPS Infirmiers de l'océan Indien, le 5e volet de l'étude EpiMay. Il porte sur la « chimique », une drogue de synthèse présente sur l'île depuis une quinzaine d'années. Le constat est clair : sa consommation progresse.
Ce que dit l'étude
L'enquête a été menée du 2 juin au 8 juillet 2025 auprès de 1 000 ménages tirés au sort dans tout le territoire. Près d'un adulte sur vingt déclare avoir déjà consommé de la « chimique ». Environ 52 adultes sur 10 000 en prennent chaque jour, soit près de 870 personnes à l'échelle de Mayotte. La hausse la plus nette concerne les femmes : 3 % déclarent en avoir déjà consommé, contre moins de 1 % en 2019. Autre enseignement, près d'un adulte sur cinq n'en a jamais entendu parler.
Une drogue dure, pas un produit « récréatif »
La « chimique » est un cannabinoïde de synthèse mélangé à un substrat végétal qui lui donne l'aspect du tabac. Elle peut être bien plus puissante que le cannabis classique et son potentiel addictif est fort. Ses effets ne sont pas festifs : hallucinations, palpitations, vertiges, vomissements, pertes de mémoire ou agressivité. Selon l'étude, l'expérimentation touche des profils variés, tandis que la consommation régulière concerne plus souvent des personnes en situation de fragilité sociale.
Ce que ça change pour vous
Reconnaître le produit et ses risques est déjà une protection, pour soi comme pour un proche. Surtout, une aide gratuite et confidentielle existe à Mayotte. L'ARS s'appuie sur la plateforme POPAM, qui réunit des centres de soins en addictologie (CSAPA), des lieux de réduction des risques (CAARUD) et des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC). Le Centre Hospitalier de Mayotte dispose aussi d'un service d'addictologie à Mamoudzou. On peut s'y rendre, ou y accompagner quelqu'un, sans jugement.
En résumé
La « chimique » gagne du terrain à Mayotte, y compris chez les femmes. En posant des chiffres sur un phénomène longtemps mal connu, l'étude EpiMay rappelle deux priorités : l'information et l'accès aux soins. Des structures existent pour accompagner celles et ceux qui en ont besoin. Pour aller plus loin : Le Journal de Mayotte.