Fonds européens à Mayotte : la chambre régionale des comptes pointe une gestion coûteuse
Dans un rapport rendu public en août, la chambre régionale des comptes juge la gestion du GIP L'Europe à Mayotte coûteuse et mal organisée, et constate que les aides ont surtout profité aux plus gros acteurs, au détriment des petites entreprises locales.

L'essentiel
Le GIP L'Europe à Mayotte, l'organisme public chargé de suivre les demandes de financements européens sur le territoire, a fait l'objet d'un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC). Ce document, rendu public au cours du mois d'août, dresse un bilan sévère de son fonctionnement.
Pourquoi ce GIP existe
Ce Groupement d'Intérêt Public est né dans un contexte tendu. En 2021, la Commission européenne avait pris une décision rare : suspendre les paiements, faute d'une gestion satisfaisante des fonds sur place. Pour rassurer Bruxelles et rattraper le retard, la préfecture et le Département avaient créé cette structure dédiée. L'enjeu est de taille : la programmation 2014-2020 représentait à elle seule 362 millions d'euros pour Mayotte.
Ce que dit le rapport
La CRC relève plusieurs problèmes. Une gouvernance fragile d'abord, l'État restant à la fois autorité de gestion et président du GIP, ce qui, selon les magistrats, ne favorise pas une véritable co-gestion. Des ressources humaines mal encadrées ensuite, avec des rémunérations parfois multipliées par trois à l'arrivée dans la structure. L'installation du siège à Tsingoni est aussi jugée "coûteuse et mal préparée".
Le rapport souligne surtout que les aides ont profité en priorité aux plus gros porteurs de projet. La moitié des subventions du Fonds social européen a été mobilisée par le seul régiment du service militaire adapté (RSMA). Entre 2021 et 2025, le GIP a tout de même versé 137 millions d'euros au titre du Fonds européen de développement régional et 47,2 millions d'euros au titre du REACT-EU.
Ce que ça change pour vous
À Mayotte, l'économie repose surtout sur de très petites et petites entreprises. Or ce sont les grandes structures qui ont capté l'essentiel des aides. La chambre recommande de "calibrer les appels à projet" pour que le tissu économique local puisse y accéder plus facilement. En clair : que l'argent de l'Europe serve davantage aux entrepreneurs et aux associations d'ici.
En résumé
Un rapport officiel pointe une gestion coûteuse des fonds européens à Mayotte et des aides trop concentrées sur les gros acteurs. Des pistes sont posées pour que les petites entreprises locales en bénéficient mieux à l'avenir.
Pour aller plus loin : l'analyse du Journal de Mayotte.